Marianne Bâ (auteur sénégalaise) , Un chant écarlate
Le calme plat des habitudes acquises fut bouleversé ce soir-là dans la résidence diplomatique.Mireille revint de son cours à dix-huit heures, après avoir passé des moments agréables avec son ami. Elle montait en chantonnant les escaliers.— Mireille !La voix durcie de son père rugissait de la salle de séjour plongée dans l'obscurité avec ses rideaux tirés ; elle se retourna. Ses yeux aperçurent sa mère dans une attitude rigide qu'elle ne lui connaissait pas. D'un grand cendrier, placé entre ses parents, débordaient des mégots de cigarettes éteintes à peine entamées.La photographie ! Son secret percé ! Ousmane livré dans sa chemise rouge à la colère de ses parents ! Sa poi- trine nue à la merci de leur mépris ! Elle fit front et avança lentement. Elle atteignit son père, se baissa pour le baiser rituel et se heurta à un menton cogneur. Elle n'osa pas embrasser sa mère dont l'attitude crispée interdisait toute approche.Jean de La Vallée retira d'une enveloppe la photographie. Mireille souffrit d'en voir le papier froissé et jauni.(...)— Connais-tu « ça » ? attaqua son père et il enchaîna, méprisant :— Tu connais bien « ça » car « ça » t'est dédié : « A Mireille que j'aime - Ousmane ».Il exhibait la photographie tenue entre deux doigts, dédaigneusement, comme si elle était porteuse de germes microbiens.
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