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Le conflit tragique
Ce qui caractérise la tragédie, si nous donnons à ce mot son sens rigoureux, c'est le fait que les conflits y sont essentiellement insolubles et non seulement non résolus, car il peut y avoir des pièces dans lesquelles les conflits ne sont pas résolus pour des raisons accidentelles ... Or, dans la pensée janséniste, dans les Pensées de Pascal et dans les tragédies raciniennes, les conflits sont insolubles par suite du fait qu'un des trois personnages, l'homme, aborde le monde avec une exigence irréalisable: l'exigence d'absolu. Cette exigence est caractérisée par une catégorie mentale que j'appellerai celle du «tout ou rien», Pascal l'a formulée une fois dans un de ses textes en disant que le fini ajouté au fini ne le modifie en rien vu par rapport à l'infini.
Or, dans la réalité, dans le monde qui est un des éléments de cette structure, il n'y a évidemment que du plus ou du moins. Pour réaliser approximativement certaines valeurs il faut faire des concessions, et d'autre part, certains désirs, certaines valeurs restent à l'état d'aspiration. En face de ce monde que nous appellerons le monde du relatif, se dresse l'homme tragique avec son exigence d'absolu, qui juge ce monde avec la catégorie du tout ou rien, et pour lequel ce qui n'est pas tout est par cela même rien. Or, comme le monde n'est jamais tout, il ne peut être que rien. C'est dire que dans la tragédie le conflit entre le héros et le monde est radical et insoluble.
Lucien Goldmann, «Structure de la tragédie racinienne», extrait de «Le théâtre tragique» (1960)
Ce qui caractérise la tragédie, si nous donnons à ce mot son sens rigoureux, c'est le fait que les conflits y sont essentiellement insolubles et non seulement non résolus, car il peut y avoir des pièces dans lesquelles les conflits ne sont pas résolus pour des raisons accidentelles ... Or, dans la pensée janséniste, dans les Pensées de Pascal et dans les tragédies raciniennes, les conflits sont insolubles par suite du fait qu'un des trois personnages, l'homme, aborde le monde avec une exigence irréalisable: l'exigence d'absolu. Cette exigence est caractérisée par une catégorie mentale que j'appellerai celle du «tout ou rien», Pascal l'a formulée une fois dans un de ses textes en disant que le fini ajouté au fini ne le modifie en rien vu par rapport à l'infini.
Or, dans la réalité, dans le monde qui est un des éléments de cette structure, il n'y a évidemment que du plus ou du moins. Pour réaliser approximativement certaines valeurs il faut faire des concessions, et d'autre part, certains désirs, certaines valeurs restent à l'état d'aspiration. En face de ce monde que nous appellerons le monde du relatif, se dresse l'homme tragique avec son exigence d'absolu, qui juge ce monde avec la catégorie du tout ou rien, et pour lequel ce qui n'est pas tout est par cela même rien. Or, comme le monde n'est jamais tout, il ne peut être que rien. C'est dire que dans la tragédie le conflit entre le héros et le monde est radical et insoluble.
Lucien Goldmann, «Structure de la tragédie racinienne», extrait de «Le théâtre tragique» (1960)