Emile Zola (1840 - 1902),
Germinal
Cependant, l'automne s'avançait, les froids d'octobre avaient
rouillé les petits jardins du coron. Derrière les lilas maigres, les
galibots ne culbutaient plus les herscheuses sur le carin ; et il ne
restait que les légumes d'hiver, les choux perlés de gelée blanche,
les poireaux et les salades de conserve. De nouveau, les averses
battaient les tuiles rouges, coulaient dans les tonneaux, sous les
gouttières, avec des bruits de torrent. Dans chaque maison, le feu
ne refroidissait pas, chargé de houille, empoisonnant la salle
close. C'était encore une saison de grande misère qui commençait. En octobre, par une de ces premières nuits glaciales, Etienne,
fiévreux d'avoir parlé, en bas, ne put s'endormir. Il avait regardé
Catherine se glisser sous la couverture, puis souffler la chandelle.
Elle paraissait toute secouée, elle aussi, tourmentée d'une de ces
pudeurs qui la faisaient encore se hâter parfois, si maladroitement,
qu'elle se découvrait davantage. Dans l'obscurité, elle restait
comme morte ; mais il entendait qu'elle ne dormait pas non plus ;
et, il le sentait, elle songeait à lui, ainsi qu'il songeait à elle.
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